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Lavage

Lavage

Plusieurs des mesures que l’on prend avant l’enterrement, outre la nécessité pratique, ont des origines rituelles. La mort était considérée comme la route vers l’au-delà, et le lavage, l’habillement et autres préparatifs à l’enterrement représentaient les préparations pour ce long voyage.

Le caractère religieux et magique du lavage est souligné par le fait qu’il était effectué par une catégorie professionnelle spéciale de personnes nommées laveuses. Le plus souvent, ce métier incombait à de vieilles filles et de vieux veufs « canoniques » c’est-à-dire, n’ayant plus de relations intimes avec des personnes du sexe opposé. Si une jeune fille restait longtemps célibataire, on lui disait qu’elle allait «laver les morts». Les jeunes filles qui s’occupaient de la toilette mortuaire des défunts et lisaient le psautier auprès d’eux portaient des vêtements noirs. Pour leur travail, elles recevaient le linge et les vêtements du mort. À défaut de laveuses, c’étaient les proches du défunt qui effectuaient le lavage de son corps.

Conformément à l’enseignement religieux, la mère ne devait pas laver le corps de son enfant décédé, puisqu’elle allait certainement le pleurer et cela était jugé comme une déviation de la croyance en l’immortalité de l’âme : selon le dogme chrétien, un enfant trouve une vie céleste et, par conséquent, sa mort ne doit pas être pleurée et regrettée. Parmi les gens il y avait une croyance que les larmes de la mère «brûlent» l’enfant.

Dans le passé, la procédure du lavage avait un caractère rituel et magique. Le lavage était fait par terre sur le seuil de la maison (isba). Le défunt était placé sur la paille, les pieds vers le poêle. On le lavait deux ou trois fois avec de l’eau chaude et du savon d’un pot d’argile, habituellement neuf. Les attributs du lavage – le pot, l’eau, le savon, le peigne – prenaient les qualités du décédé, sa force mortelle. On essayait de s’en débarrasser le plus vite possible. L’eau avec laquelle on lavait le défunt était dite «morte». On la versait au coin de la cour où il n’y avait pas de plantes et où les gens n’allaient pas, pour qu’une personne saine n’aille pas marcher dessus. On faisait la même chose avec l’eau qu’on utilisait pour laver la vaisselle après les repas de deuil. Les pots d’argile pour le lavage avaient le même sort. On les emportait dans un ravin, à la limite du champ, au carrefour des routes où, généralement, il y avait une croix, un poteau, une chapelle. Là, on les brisait ou on les laissait là, tout simplement. Le but de toutes ces actions était d’empêcher le retour du défunt, pour qu’il n’apparaisse pas et ne fasse pas peur aux gens. Ces endroits étaient considérés comme effrayants et il n’y avait pas beaucoup de gens qui osaient passer par là la nuit tombée. Les propriétés qu’avaient les attributs du lavage de faire revenir le mort étaient largement utilisées dans la magie noire: les sorciers se servaient de l’eau morte pour jeter des maléfices aux jeunes mariés; les charpentiers en construisant une maison clouaient un morceau du linceul au montant de la porte s’ils souhaitaient du malheur à une personne qu’ils n’aimaient pas. Le savon utilisé pour le lavage du défunt, en médecine domestique, servait pour un autre objectif: surmonter ou atténuer des phénomènes indésirables. Les femmes le donnaient aux maris méchants pour que leur colère se calme. Les jeunes filles se lavaient les mains avec afin que leur peau ne devienne pas flasque.

De nos jours, le lavage du défunt est fait le plus souvent dans des chambres mortuaires. Pourtant, on peut toujours rencontrer des vieilles laveuses, surtout dans les villages. De toutes les coutumes anciennes liées à ce rite, beaucoup sont déjà oubliées. En particulier, il y a peu de gens qui se souviennent des propriétés magiques des attributs du lavage.